Le hasard du mérite

Publié le par Petra

 

Quand j’avais 11 ans on m’a envoyé au lycée. C’était un lycée comme tous les autres, avec des profs, de la compétition, de la hiérarchie, des notes, des punitions est tout ce cinéma. Un jour, dans la classe de musique, la prof Madame Schmitz nous a joué un petit morceau de piano. Enchantée par la musique je rêvassais en regardant les oiseaux sur l’arbre devant la fenêtre. Je n’avais pas fait attention aux propos de Madame Schmitz : « Qui pense que cette pièce était en mesure de deux temps lève la main ! ». Je me réveillais de mon rêve quand les mains de tous les élèves étaient déjà levées. Madame Schmitz me fixa cependant d’un curieux regard. Mes pensées se précipitèrent : « Elle m’a repéré en train de rêver. Si je lève la main maintenant, ce sera trop tard car elle saura que je ne fais que suivre la foule. Mieux vaut attendre la question suivante et lever la main de suite. Mieux se tromper avec conviction que copier les autres, même si ils ont très probablement raison. » Puis, elle posa la question : « Et qui est-ce qui pense qu’il s’agissait d’une mesure à trois temps ? » Je levais la main en jouant une grande conviction. A ma surprise elle disait : « Ah ! Petra a l’oreille ! Evidemment que c’était un trois temps. » Depuis alors, elle était convaincue que j’avais la bonne réponse à toutes ses questions et ne me posa plus aucune. Cette année-là, j'ai remporté le cours de musique avec la note « excellent ». Mais je n’avais en vérité rien compris du solfège. Comme quoi…


Peu après, mon père m’a envoyé dans une école expérimentale (au grand regret de Madame Schmitz qui croyait avoir perdu une grande future musicienne). Il n’y avait ni de hiérarchie, ni d’examens, ni de notes, ni de compétition, ni de punition et on travaillait en groupes de quatre à cinq copains. Apprendre était un plaisir. Il me semble que cette méthode correspond un peu à la méthode Freinet en France. Nos profs voulaient changer le monde. J’ai le sentiment que nous les avons déçus. Le monde est encore pire qu’avant. Nous n’étions pas assez nombreux. Mais notre résistance mérite quand même la note « excellent », tu ne crois pas ? - Juste pour rire un peu de cette connerie de mérite et tous les autres mensonges qui s'en suivent. Même si c’est avec la mort dans l’âme.


Nous ne sommes qu’un sur cent, mais nous existons !

 

 

Publié dans Anarchisme

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saadou 10/10/2010 21:07



mieux vaut être un âne qu'un mouton!


salut ma toute belle!!!



Petra 11/10/2010 13:38



Comme toujours, tu lis mes pensées entre les lignes ! Et t'as vu, les moutons sont tous tagués... Moi, je dis, au lieux de donner des papiers aux sans papiers, il vaudrait mieux en finir avec la
paparasse pour tout le monde, par exemple. Etre fichié fait chier...

Bisou ma Saadouce !