Voile, tchador, burqa & Co.

Bon. Maintenant que j’ai patiemment écouté tout le monde sur le sujet du voile, le tchador, la burqa et d’autres vêtements féminins de tradition musulmane, et après avoir entendu le vœu de beaucoup des gens en France de voir ces habits interdits, j’éprouve le désir d’exprimer mes réflexions très personnelles quant à cette problématique.
Les arguments prédominants pour une interdiction semblent être le souci contre la discrimination de la femme et tout ce qui va avec, c’est-à-dire toute violence faite aux femmes, et deuxièmement le souci pour la laïcité.
La violence faite aux femmes
Je ne nie aucunement que la violence faite aux femmes existe ; et évidemment, je suis contre. Je ne nie pas non plus, qu’il y a des femmes, auxquelles on impose de porter un voile, un tchador etc. et que, si elles avaient le choix, elles ne le porteraient point. Naturellement je suis contre de telles contraintes. Je pense que nous devons soutenir toute être humain qui souhaite se libérer de toute sorte d’oppression.
Ceci dit, je ne suis pas du tout d’accord avec l’interdiction de ces habits, car il existe bien aussi beaucoup de femmes, qui souhaitent, de leur propre volonté, s’habiller de telle manière. Libérer la femme, c’est aussi, lui permettre de s’habiller comme elle l’entend.
Je trouve d’ailleurs curieux, que ce débat ne se rapporte jamais sur les habits des hommes, mais toujours sur ceux des femmes. Personne ne rêve d’interdire certains vêtements aux hommes. Pour moi, cela signifie que nous, les femmes, sommes toujours bien à l’écart.
Je suis aussi sidérée par la facilité avec laquelle on juge tout ce qui vient d’ailleurs beaucoup plus sévèrement que nos propres habitudes et symboles. Il est facile de catégoriser la femme musulmane systématiquement comme soumise, car c’est tellement et pourtant faussement plus visible parce qu’étrange. Je suis horrifiée de la légèreté avec laquelle on met tous les musulmans dans le même panier, sans même se donner la peine de s’intéresser à la richesse et à la variété de leurs coutumes (et costumes).
J’aimerais aussi parler un peu de la violence faite aux femmes en France. Et il y’en a ! Malgré les lois qui existent, car cela se passe toujours sous le silence et non seulement dans le milieu dont je vais parler ici.
Bien que je ne connaisse pas très bien ce milieu d‘expérience propre, je pense que le monde de la prostitution peut être décrit comme un des environnements des plus hostiles aux femmes (bien qu‘il y a aussi des hommes qui sont contraints à se prostituer).
Dans la relation entre proxénète et pute, c’est clairement la femme qui est soumise, maltraitée, violée sans relâche. Le maquereau fait la loi. Il dicte entre autre, comment sa pute doit s’habiller, se maquiller. Les vêtements les plus fréquents de la pute sont les mini jupes, chaussures à haut talon, maquillage lourd, etc.
Songe-qui que ce soit, à interdire ces vêtements-là aux femmes ? Car il y en a pas mal qui s’habillent de cette façon sans être pute, ni soumise. C’est clair, parce que c’est de notre propre culture. Quand cela nous concerne, nous sommes bien capables de voir les nuances. Pourtant, on pourrait voir ces habits-là aussi comme un symbole…
Non, je ne suis pas non plus pour une interdiction de la mini-jupe, ne me comprenez pas mal. Nous avons acquis le droit de nous habiller comme ça, et cela n’est aucunement une invitation au viol, ni à d’autres violences.
Je pense seulement que nous devrions donc laisser le libre choix aussi à nos sœurs venant d’autres cultures, et leur accorder notre confiance en leur propre capacité de se libérer, quand c’est nécessaire. Elles savent, tout comme nous, mener une lutte et nous mettre au courant pour demander notre solidarité. Je n’ai encore jamais refusé la mienne.
La laïcité
Bien souvent j’ai l’impression que la laïcité est devenue un outil pour complètement refouler la diversité et la complexité des diverses croyances. Une seule croyance semble dorénavant acceptable : l’athéisme. Ben oui, l’athéisme, pour moi, est une croyance comme une autre !
Là non plus, je ne vois pas l’utilité d’interdire les symboles. Une croix n’est pas l’inquisition, une étoile David pas l’horreur fait aux palestiniens etc. Un symbole n’est pas la chose et ne se réfère pas non plus à une seule chose d‘une seule manière.
Un symbole qui rencontre un autre symbole peut inviter à l’échange et au partage, comme il peut aussi constituer un mur, une séparation. A nous de porter un regard critique sur nos propres sentiments et comportements.
Si la laïcité se veut comme un outil pour uniformiser le monde, ben, je n’en veux pas, merci. Je vis à Bordeaux, dans le quartier Saint Michel, et mes yeux se régalent chaque jour de la diversité ethnique, culturelle et réligieuse de ce quartier. J’aimerais bien, que ça puisse durer encore un moment.
A mon avis, ce n’est pas par l’interdiction de symboles ou de costumes que l’on va abolir l’oppression et la violence, ni induire l'ouverture d'esprit. Bien au contraire.
Non, je ne suis pas musulmane. Je suis, si cela semble important pour pouvoir me cataloguer, juive athée allemande anarchiste (pas forcément dans cet ordre, ni nécessairement pour le restant de ma vie). Mais avant tout, je suis un être vivant de la planète terre. Je ne porte ni voile, ni mini-jupe. En été je suis pour la plupart de mon libre temps… à poil. Voilà.
PS : si cet article semble en contradiction avec mon article « aux vents », c’est qu’il faut que je précise que l’article « aux vents » parle de ma propre expérience et de mes sentiments personnels et subjectifs, et qu'il ne se veut en aucun cas comme un pamphlet prosélyte. En outre, j'observe mes propres contradictions et j'essaie de les utiliser de manière à mieux comprendre le phénomène du paradoxe.